TRAFFIC NOIR - Deux Belges qui ne craignent pas les défis

 

L'art n'a jamais produit le style et le style jamais l'art.

Actuellement, les deux frères Etienne et Serge Lambertine de Liège sont le tuyau de la scène indépendante belge.

Pas de  jeans baggy, pas de hip hop bling-bling – TRAFFIC NOIR n'a pas besoin de suivre les  tendances. „Nous suivons notre propre chemin! Le plus important pour nous, c’est l'authenticité!“, dit  Etienne, le chanteur du groupe, sans broncher. Il est sérieux.

Ironie du sort,  ainsi ils sont devenus les trendsetters de la Wallonie dont ils sont originaires. Conformément à l’esprit du temps, ces artistes exemplaires prouvent qu’en fin de compte  on est toujours son propre créateur.  

Le style de TRAFFIC NOIR – influencé par des beats de new wave venus principalement de Belgique – est une version modifiée et dansable de la musique techno et underground house des années 90.

Et pourtant, tout a commencé différemment.

 

Serge, l’aîné, porte le nom de son grand-père Serge Prokofiev (Pierre et le loup). Sa mère, née en Russie, est la dernière petite-fille de ce grand compositeur. Membre de la compagnie de ballet du Bolchoï de Moscou, elle partit en tournée en Belgique où elle tomba amoureuse du gastronome Hector Lambertine.

A la demande de sa mère, Serge fait des études de mathématique. Mais ce logicien veut quitter son train train quotidien et éffectue un tour du monde. En Inde, il rencontre les musiciens du groupe  belge „Surge of Fury“. Il joint le groupe et part en tournée.

De retour en Belgique, il est certain de vouloir devenir musicien.

 

Et Etienne? Il est nommé d’après le peintre belge Jean Etienne Liotard (La fille de chocolat) qui était un ami de la famille Lambertine.

Contrairement à son frère, un intellectuel rigoureux, Etienne est un libre penseur. Etudiant en arts appliqués à l’Académie des beaux-arts de Liège, il est découvert par la compagnie Rosas de Anne de Keersmaekers et se met à danser comme un diable. „Mon credo, c’est la créativité, la liberté, l’amour!“, dit Etienne. Et on le croit à regarder ses yeux affamés et tristes.

A côté, il bosse comme jardinier, dans une usine de chocolats et un restaurant de fastfood. Etienne arbore un sourire à peine visible lorsqu’il racconte: „Et quand je me retrouvais là à porter le fardeau de  ma vie, je savais tout à coup quel allait être mon destin!“

 

Une prestation lors du vernissage du peintre belge Luc Tuymans réunit les deux frères inégaux. Après des années  d’errance et de privation, les frères Lambertine trouvent enfin la tonalité pour exprimer ce qui les pousse  et ce qui fait d’eux TRAFFIC NOIR. Cette prestation  n’est pas seulement un succès, c’est un véritable tabac dans leur patrie wallone. Tout de suite, tout le monde comprend : Quelque chose de grand est sur le point de se produire.

Serge s’éclaircit la gorge  et dit d’une voix à peine audible : „On n’avait rien programmé, on voulait tout simplement faire un peu de musique.“ C'est peu dire, mais c’est typique de Serge, de ce génie calme et discrèt.

Vite, les offres affluent. Le producteur Vincent Verbelen les appelle, il est intéressé de produire le premier album des frères.

STROMAE (Alors On Danse) s’occupe de Serge et d’Etienne et organise les premiers gigs en Belgique.

Le groupe fait son percée au festival CACTUS. Tous les musiciens belges le savent désormais: Ces frères, ils connaissent leur métier!

MILOW veut partir en tournée avec eux, mais ils refusent.

Triggerfinger, Kiss the anus of a black cat, Girls in Hawaii, Selah Sue – tous proposent leur soutien aux frères Lambertine. On n’y peut rien! „TRAFFIC NOIR refuse de se faire castrer!“, insiste Etienne d’une voix sourde. Et puis, après une pause, il enchaîne : „Tu sais, on a traversé assez de merde pour ne plus avoir besoin de tout cela.“

Son frère détourne les yeux. Il s’en fiche complètement. Apparemment.

Et pourtant, Serge, l’artisan du son au keyboard, est tout sauf negligent. Ses arrangements sophistiqués et ses compositions inhabituelles, qui accrochent vite l’oreille, sont tout simplement extraordinaires.

Les musiciens qui l’inspirent sont Kraftwerk, Depeche Mode, Adolphe Sax et les Pet Shop Boys.

Etienne, le cadet, partage le point de vue de son frère maussade. Les paroles des perles de la musique pop puissante de TRAFFIC NOIR sont simples. „Mais tout cela, c’est du vrai, c’est ce que nous avons vécu!“, dit-il avec insistance.

TRAFFIC NOIR veut être libre. Etienne continue: „Le succès ne nous intéresse pas. Nous aurions pu avoir tout cela. Et alors?“

 

En Allemagne, TRAFFIC NOIR est encore inconnu.

Cela peut vite changer grace au support qu’il prête à Thomas Nicolai.

Que va-t-il se passer après la tournée d’Allemagne? Ils vont se retrouver en studio. Le premier CD „Balma“ sortira probablement en cette fin d‘anné 2019.